Année liturgique A, Saint Matthieu

Apôtre et évangéliste
Pour les historiens modernes, il convient de dissocier l’apôtre Matthieu et le
rédacteur de l’Évangile dit « selon Matthieu ». Ce livre a probablement été
composé dans les années 80, sans doute à partir d’une version de
l’Évangile selon Marc à laquelle ont été adjointes des paroles de Jésus (des
logia) issues de ce que les spécialistes appellent la Source Q.
Les éléments biographiques concernant l’apôtre de Jésus nommé Matthieu
proviennent des Évangiles uniquement. Le Nouveau Testament le cite dans
la liste des Douze (Mt 10:3 ; Mc 3:18 ; Lc 6:15), où il porte le nom de
Matthieu. D’autres passages mentionnent un collecteur d’impôts (Mt 9:92 ;
Mc 2:13-14 ; Lc 5:27-28). Il apparaît une dernière fois en Actes 1:13.
L’apôtre Matthieu est assimilé à « Lévi, fils d’Alphée » car manifestement le
même homme est appelé Matthieu dans l’Évangile selon Matthieu tandis
que les versets correspondants en Marc et Luc le nomment Lévi. Matthieu
est un publicain (percepteur des impôts) à Capharnaüm, responsable peut
être du péage d’Hérode. Il a obligatoirement une instruction plus élevée que
les pêcheurs du lac, Pierre et André ou encore Jacques et Jean, les fils
de Zébédée. Mais, du fait de son métier, il est mal vu des autres Juifs. Les
publicains sont perçus, sinon comme des traîtres, du moins comme des
agents de l’occupant romain.
La tradition chrétienne a identifié l’apôtre Matthieu à l’auteur de l’Évangile
selon Matthieu.
Selon Irénée
de
Lyon (iie siècle),
à
l’époque
où Pierre et Paul affermissaient la communauté des disciples de Jésus à
Rome (vers l’an 60 ou 61), Matthieu, qui annonçait la Bonne Nouvelle de
Jésus-Christ aux « Hébreux » de Palestine et de Syrie, fut prié de rédiger
une version synthétique de la vie et de l’enseignement de Jésus, « une
forme écrite de l’évangile », en araméen.
De même, Eusèbe de Césarée affirme au IVe siècle : « Matthieu prêcha
d’abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d’autres, il confia à
l’écriture, dans sa langue maternelle, son évangile, suppléant du reste à sa
présence par le moyen de l’écriture, pour ceux dont il s’éloignait »6. Eusèbe
s’appuie ici sur le récit de Papias, écrit vers l’année 120, et
note : « Matthieu réunit donc en langue hébraïque les logia [de Jésus] et
chacun les interpréta comme il en était capable (Μαηθαῖορ μὲν οὖν ἑβπαΐδι
διαλέκηῳ ηὰ λόγια ζςνεηάξαηο, ἡπμήνεςζεν δ’ αὐηὰ ὡρ ἧν δςναηὸρ
ἕκαζηορ) ». Toujours selon Eusèbe, Pantène (v. 240-v. 306), docteur
chrétien qui dirigea l’Académie d’Alexandrie, trouva à son arrivée
aux Indes cet évangile en caractères hébreux. Ce manuscrit aurait été
apporté par l’apôtre Barthélémy aux populations locales, qui l’auraient
depuis précieusement conservé.
Telle est l’origine de la théorie du « Matthieu hébreu », c’est-à-dire d’un
évangile originel de l’apôtre Matthieu, rédigé en hébreu ou en araméen et
traduit plus tard en grec. Cette théorie n’est pas cautionnée par les
spécialistes car il n’existe aucune trace d’une telle version, comme le
rappelle Élian Cuvillier, qui ajoute : « En outre, il serait très surprenant
qu’un témoin oculaire (en l’occurrence le disciple Matthieu) utilise une
source secondaire (l’Évangile de Marc) pour rédiger son propre récit. »